Quelle place tient la peinture au sein de la littérature, dans le monde occidental ? Essay

Quelle place tient la peinture au sein de la littérature, dans le monde occidental ?

Introduction

L’art est incontestablement un élément fondamental et inévitable dans notre société. En effet, les différents domaines de l’art, qu’il s’agisse des arts plastiques ou arts de la scène, se sont imposés de manière indélébile sur notre monde, et leur importance n’est pas niable. L’art prend la définition de création et d’expression de la beauté à travers des œuvres de formes diverses, qui visent l’évocation d’émotions et poussent à la réflexion. Pourtant, il est important de tenir en compte qu’il s’agit d’un concept subjectif, et même personnel, car la notion de beauté et d’esthétique varie souvent d’une personne à une autre. En raison de la vaste étendue des domaines artistiques, je me suis principalement concentrée sur celui de la peinture occidentale, un registre abondant en lui-même j’en suis consciente, néanmoins cela m’a permis de rendre ma problématique plus spécifique.

En effet, mon Travail de Maturité étudie, dans le monde occidental, la place de la peinture au sein de l’univers littéraire, et met en question comment une forme d’expression s’incarne dans une autre et l’influence. La littérature en soi est également parfois considérée comme une forme d’art mais qui travaille avec les mots écrits, à la place de matériaux et couleurs par exemple. Certains associent même les deux notions car il s’agit de procédés de création et d’expression mais, à la différence de l’art, la littérature repose sur un usage esthétique du langage. Elle se trouve notamment sous forme de romans (de fiction ou de non fiction), de poésie et de pièces de théâtre (un domaine que je n’ai pas exploité pour mon Travail de Maturité par manque de sources théâtrales pertinentes à ma problématique). Le message principal du récit ayant souvent une valeur intellectuelle, l’auteur devient alors un artiste avec une préférence pour l’utilisation de la langue de façon créative et intéressante. A travers les différents procédés littéraires, en mettant en scène des personnages extraordinaires, en créant des mondes simplement à partir de son imagination, l’écrivain manipule les mots tel un peintre manipule la peinture.

En outre, ces deux formes d’expression ont évolué ensemble au cours de l’histoire permettent ainsi, à travers leurs structures, grâce aux techniques utilisées lors de leur composition, par les thèmes qu’ils abordent, d’obtenir une meilleure compréhension des époques différentes. La littérature inspire la peinture et vice versa de manière à ce qu’ils soient les deux sujets, et parfois à la tête, des mêmes mouvements créatifs tels que le romantisme, le réalisme ou l’expressionisme par exemple.

Au-delà, il faut souligner que les toiles de peinture existent physiquement en tant qu’objets palpables et concrets, mais sont également ornées d’une existence esthétique et symbolique en tant qu’œuvres d’art, ce qui les distingue des objets quotidiens fonctionnels et usuels : elles représentent bien plus que les éléments matériels qui les composent. Or, en devenant part d’un livre, une peinture subit une transformation et perd sa qualité d’objet matériel. Elle devient alors simplement une image perçue par le lecteur à travers les mots de l’auteur, et perd ses qualités esthétiques qui ne peuvent être communiquées sans le travers d’une expérience directe. Ainsi, par fascination pour la transition d’une œuvre venant du domaine artistique vers celui de l’écriture je me suis posé la question, quelle place tient la peinture au sein de la littérature, dans le monde occidental ?

Les textes à vocation esthétique par rapport aux textes à vocation romanesque

En premier plan, il semblerait évident de différencier les textes à vocation esthétique à ceux à vocation romanesque afin de comparer les différents moyens par lesquels une œuvre artistique est introduite dans un livre. D’abord, nous retrouvons les écrits de la critique d’art dont le but est de compléter ce que la vue saisie : ils comment les œuvres afin d’en permettre une compréhension approfondie et d’y apporter une ou plusieurs interprétations. Le critique en question appuiera son propos sur les éléments qui forment l’œuvre (les matériaux et la technique utilisée, les intentions de l’artiste, les symboles, etc.), le contenu de l’œuvre (un paysage, des formes géométriques, des personnages, etc.), l’environnement dans lequel l’œuvre a été créée (la vie du peintre, son contexte historique, etc.), le statut et les spécificités de l’œuvre face au monde de l’art (son appartenance à un mouvement artistique particulier, sa valeur marchande, etc.), ou encore les effets de l’œuvre sur un public (rire, dégoût, contemplation, etc.). En effet, lors de la constitution d’une œuvre d’art, l’artiste se sert des couleurs, figures, matériaux, symboles, jeux de lumières, etc. afin d’organiser l’œuvre en question, de produire des effets esthétiques, et d’en faire un véritable objet artistique. Or, de l’autre côté, le romancier qui cherche à incorporer une toile dans son travail, sans pour autant négliger l’importance de ces éléments, ne s’y attarde pas. Son but n’est pas de parler d’esthétique et d’art mais de construire une histoire dans laquelle l’art et/ou une œuvre d’art joue un rôle au premier ou au second plan. De nombreux aspects significatifs pour les artistes, les professionnels, les amateurs d’art se retrouvent mis de côté dans les romans qui ne présentent souvent que très partiellement les éléments qui composent le commentaire esthétique de l’œuvre.

Alors que les critiques d’art démontrent plus que ce qui est simplement perçu par la vue, les romanciers opèrent avec une logique d’économie discursive en tête. Là où les auteurs de textes esthétiques proposent des pistes de réflexions, des analogies, des perspectives différentes, les auteurs de romans de fiction se tiennent le plus souvent à une description sommaire des œuvres (personnages représentés, formes, couleurs, etc.) et délivrent les informations élémentaires (type d’œuvres, nom de l’artiste, etc.), à savoir les éléments nécessaires à la compréhension de l’intrigue.

Il ne s’agit pas d’appréhender le monde de l’art, ni de faire le tour des propriétés artistiques et des effets esthétiques de l’œuvre, mais plus simplement de rendre vraisemblable la fiction proposée. Lorsque des éléments tels que la vie du peintre, le contexte historique, l’esthétique de l’œuvre, etc., sont détaillés c’est parce qu’ils ont une utilité dans l’histoire, qu’ils éclairent l’enquêteur et le renseignent sur le crime ou l’assassin. C’est le cas par exemple dans « Le Tableau du maître flamand » de Arturo Pérez-Reverte où de longs passages sont consacrés à la description du tableau, car il s’agit de la clé de l’énigme ; ou encore dans « L’Oiseau des ténèbres » de Michael Connell dans lequel la vie et l’intention créatrice de Jerôme Bosch constituent des éléments nécessaires à l’élucidation du crime.

Néanmoins, en intégrant un texte, qu’il s’agisse d’une analyse à vocation artistique ou d’une intrigue d’un roman, le tableau devient un objet littéraire. Pour ne citer qu’un exemple, dans le roman policier « Sage comme une image » de Ruth Rendell, le tableau « Marc et Harriet à Orcadia Place » de Simon Alpheton est décrit comme suit : « Les deux jeunes gens étaient dans une cour ou un jardin ensoleillé, devant ce qui ressemblait à un arbre. Mais un arbre sans tronc ni branches, plutôt un rideau de feuillage. Le tout servait simplement d’arrière-plan à cet homme et à cette femme debout, légèrement à distance l’un de l’autre, se tenant les mains, leurs doigts se touchant délicatement. Il était brun, barbu, les cheveux longs, vêtu de bleu sombre, elle, c’était une beauté rousse, une masse de cheveux brun-roux bouclés, exactement de la même couleur que sa longue robe Régence. Ils ne se quittaient pas du regard qui semblait rempli de tendresse, d’amour et de désir. »

Nous savons qu’il s’agit de la description d’un tableau car cela est dit en amont, or ce passage pourrait tout aussi bien correspondre à la description de personnages d’un roman. L’œuvre est introduite bien différemment que si elle avait été abordée dans un texte à vocation esthétique exploitant les critères et vocabulaire spécifiques à l’art. Ainsi, une peinture tient une place dans la littérature quand l’auteur la juge indispensable à la compréhension de l’intrigue. Or, afin d’éviter une surcharge du texte seul les éléments essentiels de la toile y figureront, c’est pour cela qu’il est indispensable pour le lecteur de différencier entre les écrits à vocation esthétique et ceux à vocation romanesque.

Les procédés littéraires en rapport avec l’art

Quant à l’insertion d’une œuvre picturale au sein d’une œuvre littéraire, ceci est souvent effectué à l’aide de procédés littéraires spécifiques. Dans l’art issu de la Grèce antique, la nature visuelle d’un sujet vient s’intercaler dans la trame des textes littéraires par mimèsis. Le terme d’origine occidentale est défini par la représentation de la réalité dans la littérature et a été introduit par Platon dans « La République » avant d’être repris et détaillé par Aristote. Similairement et peut-être plus couramment utilisé aujourd’hui, l’ekphrasis dans sa définition moderne d’une description verbale d’un objet artistique, est un procédé littéraire qui relie directement l’art et la littérature. Choisissant délibérément de considérer une œuvre d’art comme une partie intégrale du discours littéraire, les auteurs ont donc la capacité de transmettre la beauté, la complexité, le pouvoir émotionnel, et ainsi de suite, d’une toile. L’ekphrasis au sein du monde littéraire a souvent été considéré comme une illustration de la manière dont les mots et les images peuvent être fusionnés en un tout indissociable. Le poème « Musée des Beaux-Arts » de W.H. Auden qui examine le chef d’œuvre de Pieter Brueghel « La Chute d’Icare » est parmi un des exemples les plus connus de ce procédé littéraire. Dans certains cas d’ekphrasis cependant, une œuvre n’est pas explicitement mentionnée dans un texte : « Le Testament » de Marie de Colm Tóibín, par exemple, a été écrit en partie pour répondre aux représentations faites par Titian et Tintoretto de la mère de Jésus, et aux tensions entre divinité et humanité qui émergent suite à leur juxtaposition. L’ekphrasis peut mettre en valeur une œuvre tout autant qu’elle peut la critiquer et la rabaisser, mais sa véritable efficacité demeure dans son approche de relier l’œuvre picturale et le lecteur. Ainsi, ce dernier deviendrait éventuellement plus sensible au monde artistique et à la notion d’esthétique, démontrant que la littérature a le pouvoir de sensibiliser et de rendre plus attentif à certains travaux. Nous pourrions donc déclarer que la peinture tient sa place dans le monde de la littérature car elle l’a fait évoluer, et sans le domaine artistique dans lequel elle retombe, peut-être n’aurions-nous pas ces procédés littéraires.

La liberté d’expression et les scandales

Quel intérêt un auteur peut-il éprouver pour une toile peinte et pour son histoire ? Ceci fut une de mes questions initiales lorsque j’ai commencé à aborder le sujet de mon Travail de Maturité. La première réponse m’étant venue à l’esprit fut qu’en étant face à une œuvre ou à travers la recherche de l’histoire de sa création, le praticien des textes serait sûrement tenté de s’approprier de cette œuvre ou histoire en question afin de l’exploiter par les mots. Bien que ceci soit vrai, j’ai également réalisé que l’auteur possède la capacité d’exposer un individu à l’art et de le forcer à regarder une œuvre différemment, par opposition à si cet individu se tenait simplement devant. Qu’il s’agisse d’une description de l’apparence de l’œuvre, de la technique utilisée pour la construire, ou des évènements successifs pour aboutir à sa création, le lecteur se retrouve en mesure de redécouvrir une œuvre à travers les yeux d’autrui. Or, face à l’art (comme tout autre sujet), les auteurs n’ont pas toujours pu écrire ce qu’ils voulaient. Bien sûr, il existe encore aujourd’hui d’innombrables exemples de censure dans la littérature et la peinture, mais de manière générale il est possible de déclarer que le monde occidental est en grande partie libre de censure dans ces domaines. Pourtant, ceci n’a pas toujours été le cas et seulement à partir de la révolution romantique les créateurs (artistiques et littéraires) ont-ils obtenus la liberté de créer à leur envie. Jusque-là, les œuvres étaient un reflet de l’imagination bloquée par les limites de la loi.

On a condamné, par exemple, le Jugement dernier de Michel-Ange, commandé par le pape Clément VII, pour sa représentation de la nudité sur le mur de l’autel de la chapelle Sixtine au Vatican. Bien que controversé dès sa conception et accueillit avec horreur, l’artiste et sa fresque font aujourd’hui l’objet de nombreux récits littéraires. La fascination envers un travail considéré en ce jour un chef-d’œuvre, alors qu’il était auparavant très mal vu, est un aspect primordial qui fait que certaines peintures tiennent des places centrales dans des ouvrages. Elles captivent le lecteur, au profit de l’auteur qui s’en sert pour créer des textes plus ou moins réalistes. Mais, bien que l’écrivain ne soit pas forcément une critique d’art, il possède néanmoins le pouvoir de présenter le public aux grands créateurs du monde artistique, les muses, ainsi que les héros et aventures fantastiques qui viennent à la vie avec un peu de peinture. Dans le cas précédent, les intérêts des auteurs, tel que pour le public, envers Michel-Ange et sa fresque parviendraient de la controverse liée à l’œuvre emblématique du XVIe siècle. Ainsi, la peinture, à travers son intégration du monde littéraire, sert dans certains cas d’indication de l’évolution de notre société. Elle peut glorifier des œuvres autrefois considérées honteuse, et mettre en valeur des personnages auparavant impopulaires.

Similairement à la fresque citée précédemment, Madame X, le portrait de la parisienne Virginie Gautreau réalisé par John Singer Sargent, a déclenché un scandale lors de sa présentation à Paris au Salon des artistes français en 1884. De nos jours, par la progression sociétale de ce qui est considéré correct, le portrait n’est plus vu comme quelque chose de choquant, au contraire son avant-gardisme vis-à-vis des valeurs de l’époque est admiré. Effectivement, cette peinture est si appréciée que certains auteurs lui ont dédié des livres, et elle à présent au cœur de nombreux textes littéraires notamment le roman acclamé par la critique « Je suis Madame X » par Gioia Diliberto, qui met en scène l’histoire de Virginie Gautreau. L’auteur, dans ces circonstances, exploiterait donc la fascinante histoire liée à une toile peinte afin de la retranscrire dans un ouvrage, qui servirait en tant que témoin de l’évolution des valeurs de la société. Dans le cas des œuvres censurées ou ayant causées un scandale, nous parlerons alors également d’une association entre l’art et la littérature : les auteurs se servent du domaine de l’art comme source d’inspiration ou point de départ pour leur livre, tout en ramenant à la vie et démontrant la beauté d’œuvres auparavant rejetées.

Les œuvres oubliées

Au-delà de ces derniers points, roman peut également entraîner la redécouverte du public d’un chef-d’œuvre dit ‘oublié’. La peinture tient alors sa place dans le monde littéraire en servant en tant que source d’inspiration, alors que le livre agit en tant que piédestal, ramenant l’œuvre à la vie et faisant d’elle plus qu’une série de coups de pinceaux sur une toile. Tel a été le cas pour l’ouvrage « Le Chardonneret » de Donna Tartt, une histoire d’un jeune homme dont la vie sera bouleversée suite à sa possession de la toile du peintre Carel Fabritius. Ayant reçu le prix Pulitzer de la fiction en 2014, ce roman a été crédité pour avoir rendu le tableau célèbre, mais il n’est pas le seul livre de fiction à avoir apporté de la gloire à une peinture néerlandaise. En effet, similairement, le roman de Tracy Chevalier, publié en 1999 et nommé d’après le tableau respectif « La Jeune Fille à la Perle », imagine les événements qui ont conduits à la création de cette œuvre. Il met en scène l’artiste Johannes Vermeer et donne une identité au sujet du portrait bien qu’il demeure à ce jour un mystère. N’ayant connu qu’un succès modéré durant sa vie, Vermeer n’a jamais pu témoigner la renommée mondiale de son œuvre qui est en partie dû à la nature best-seller du roman de Chevalier. De plus, l’accroissement de la popularité de ces toiles à également été confirmé par la présence de 200'000 personnes (nombre record pour une collection temporaire) à la Frick Collection de New York quand les deux tableaux y furent exposés. Mais, sans l’inspiration que leur ont apporté les toiles, peut-être ces écrivaines ne seraient pas parmi celles ayant rencontré le plus de succès dans les vingt dernières années, avec des romans étant même adaptés au grand écran.

Une nouvelle perspective sur les artistes

La peinture, par la grandeur du volume de son registre, nous permet également de découvrir et de mieux comprendre les artistes (leurs préférences artistiques, leur style, comment ils voyaient le monde, à quoi ils ressemblaient pour ceux qui se sont livré à la production d’autoportraits, etc.). Les auteurs se servent des connaissances apportées par les œuvres et les mettent en valeur tel l’a fait Émile Zola avec son livre « L’Œuvre ». Il nous présente à l’univers des artistes en nous transportant dans le monde de l’art à travers le portrait d’un peintre maudit qui rappelle l’artiste français Paul Cézanne. Le roman est une histoire tragique d’un jeune artiste ambitieux et talentueux durant les années 1860 et 1870. Parmi les vingt romans de la série Rougon-Macquart de Zola, il s’agit du roman le plus autobiographique et qui offre donc un aperçu unique de la carrière de l’écrivain et de sa relation avec Cézanne. Il présente également et, plus important encore, un compte-rendu et bien documenté du monde turbulent et bohème dans lequel les impressionnistes se sont faits connaître malgré le conservatisme de l’Académie et les moqueries du grand public. L’auteur, à travers l’incorporation d’anecdotes historiques, permet au lecteur de revenir dans le passé et de découvrir le monde de l’art tel qu’il était au XIXe siècle. L’histoire d’un artiste est également abordée à travers la littérature au travers parfois de biographies imaginaires et romancées comme celle de Dominique Fernandez sur le peintre italien Caravage, « La Course à l’abîme ». Susan Vreeland, a exploré la vie de l’impressionniste français Auguste Renoir à travers son roman « Le Déjeuner des Canotiers » inspiré par la fameuse toile de l’artiste.

Il s’agit d’une fenêtre qui donne sur des moments particuliers de l’histoire avec plus ou moins de précision. Pour un individu qui ne serait pas nécessairement enthousiasmé par l’idée de se plonger dans un livre historique mais qui recherche à approfondir ses connaissances dans le domaine de l’art, les récits fictifs prenant place dans des décors réalistes offrent une bonne alternative. Ainsi, la peinture tient sa place dans la littérature qui peut l’exploiter afin d’en faire ressortir l’histoire des grands artistes, de manière romancée ou plus réaliste.

Une association entre la peinture et la littérature

Le rapprochement entre la peinture et la littérature n’a rien d’artificiel. En effet les mêmes problèmes esthétiques se posent aux écrivains et aux peintres, et par conséquent, le fait de faire un rapprochement entre les deux disciplines aide parfois à mieux les comprendre. Par exemple, il s’avère parfois plus plaisant de lire certains textes en y voyant l’interprétation à travers la peinture d’illustrateurs. Picasso, par exemple, a travaillé sur une œuvre en relation au poète Luis de Góngora pour le livre d’artiste « Vingt Poëmes ». Cherchant davantage à combler l’écart entre l’art et la littérature, le peintre espagnol a dédié ses talents à un certain nombre d’autres projets d’illustrations de textes, notamment « Les Métamorphoses d’Ovide » et « L’Histoire Naturelle » de Buffon. Un autre peintre espagnol, Salvador Dalí, s’est fameusement livré à la pratique de l’illustration pour le roman « Alice au Pays des Merveilles » de Lewis Carroll. Bien sûr, il ne s’agit là que de quelques exemples parmi des milliers de cette pratique qui est probablement la plus directe et efficace quant à la liaison entre la littérature et la peinture. Les illustrations donnent de la vie à un texte et le texte les mets en scène.

De plus, pendant plus d’un millénaire dans le monde occidental, le thème majeur pour le peintre et pour l’auteur était la vie et la mort du Christ. Beaucoup soutiennent que le plus grand texte littéraire avant Shakespeare est la « Divine Comédie » de Dante Alighieri sur l'enfer, le purgatoire et le paradis, qui lui-même a servi en tant que grande source d'inspiration pour l’art. Certains disent que la plus grande œuvre littéraire après Shakespeare est « Le Paradis Perdu » de John Milton, d’autres s’appuient plus sur les histoires de Faust, mais tous sont des ouvrages qui rendent à Dieu son dû (bien que ce soit par l'intermédiaire du diable). En effet, pour une grande partie de l'histoire, la gloire de l'art en particulier a été la glorification de Dieu. Les œuvres d'art qui incorporent des images de la Bible sont innombrables. Ainsi, il serait dommage d’ignorer le rôle du livre dans le monde de la peinture.

En effet, l’enseignement biblique a engendré la production de nombreuses images qui servent de représentation visuelle de ce monde écrit. Par exemple, pendant la période Byzantine, il était commun de représenter une Bible tenue dans les mains (surtout celles du Christ), et « La Madone du Livre » de Sandro Botticelli est une œuvre qui ressort de cette coutume. Le livre a également une position importante dans l’art de la Renaissance, tel il est possible de l’apercevoir grâce au grand volume de représentations picturales de la religion de datant de cette époque. Dans les travaux de Jan van Eyck, par exemple, l’artiste a même choisi de peindre des pages ouvertes et leur texte correspondant.

Puis, la place du livre dans les œuvres d’art a évolué pour s’étendre vers des usages non religieux. Giuseppe Arcimboldo, dans « Le Bibliothécaire » a remplacé des parties du corps par des livres ; Edwaert Collier a incorporé un livre dans « Nature morte avec un volume des ‘Emblèmes’ de Wither », conformément à la mode du XVIIe siècle : de donner une place importante au livre dans les natures mortes où il devient un sujet à part entière. Marcel Duchamp a ensuite bouleversé la place du livre en tant qu’objet d’une nature morte en en incorporant une version réelle dans son traité de géométrie « Readymade malheureux ». Inspirant de nombreux artistes suite à cette décision inhabituelle, le livre s’est vu transformé en sculptures originales comme l’œuvre « Le livre ancien et la mémoire dans l’art contemporain » de Yvelyne Wood.

Conclusion

Malgré les différences entre les deux disciplines, leur évolution au sein de la société occidentale a été parallèle, les conduisant à garder une relation très proche. Notamment à cause de leurs liens historiques, il est à présent impossible pour l’une de se défaire entièrement de l’autre. Ainsi, bien que la recherche pour mon Travail de Maturité ait été axée sur l’angle de la place de la peinture au sein de la littérature, il m’est devenu évident que l’écriture a également joué un rôle important dans l’art…

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